Laisser les instants s'élever comme le feraient les bulles dans une coupe de champagne. Monter par centaines et éclorent en surface pour produire cette mélodie du pétillement. J'veux de l'alcool à base de quotidien, qu'on laisse les jours se fermenter pour qu'ils puissent nous enivrer chacun. Que le flou puisse s'expliquer. J'veux pas marcher droit. J'veux déraper. Et que tout le monde le comprenne. Que tout le monde soit dans le même état velléitaire, en devenir. Que chaque pas indolent produise une non conséquence. J'veux qu'on puisse se frôler et se respirer sans grimaces, sans affrontement, sans rien. Juste ça. Des regards pacifiques ou indifférents, peu importe. On est des apprentis, certains vont s'planter, aller droit dans l'immensité qui récupère et noie les égarés. On s'pète tous la gueule sur une planche humide et glissante à un moment donné. Fracture du genoux ou simple égratignure. Mais on est tous là, à tanguer vers une destination inconnue, on peut chercher vainement le rivage, la terre, pendant que d'autres avancent à la force de leur bras, on sait pas exactement où nous sommes ni où nous allons. On trime, on bosse, on s'essouffle. Et puis on recommence après abattement.